« Chercher le garçon », le MAC/VAL

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« Chercher le garçon »

Exposition collective d’artistes hommes
Du 7 mars au 30 août 2015

 

Le mot du commissaire

Les œuvres ne sont en aucun cas réductibles
à une interprétation unique. Elles sont toujours multiples. Tandis qu’elles sont prises dans des réseaux tissés, on ne peut leur assigner une signification univoque. J’aimerais dénouer, quelques entrelacs, quelques-uns des choix opérés au sein des multiples stratégies, tactiques et techniques développées
par les artistes contemporains1.

Le genre est affaire de performativité. De théâtre
et de masques. C’est une matière en mouvement. Les œuvres ici retenues ont majoritairement
à voir avec des pratiques de l’ordre de l’action,
de la performance, de l’expérience. Dans cette perspective, il est surtout question d’image. D’image de soi. Travailler l’image même, dans sa fabrique

et sa matérialité, revient à troubler, voire abolir les frontières supposées entre soi et images de soi, entre surface et intériorité.

Le corps est, pour la majorité des artistes réunis dans cette exposition, représenté et/ou travaillé.
Il est image et matière première. Le corps est,
en effet, envisagé comme un espace où se concentrent un certain nombre de forces, de tensions

qui l’écartèlent et le constituent. Le corps
est un théâtre où se jouent des instances politiques, techniques, sociales, culturelles… Interface. Le corps, chez ces artistes, devient outil. Expérimentant les limites de leur propre corps, ils font fi des frontières supposées entre l’art et la vie. Ils explorent
les processus de visibilité et leur économie libidinale.

Ici, le corps est contraint, empêché, formé, déformé, réformé, déconstruit, reconstruit.
Là, il est fragmenté. Ailleurs, hybride. Le corps

peut parfois également être le support, l’outil
de réflexion et d’analyse d’une situation politique, sociale, morale et idéologique. Un terrain possible d’enquêtes. Le corps étant code, celui-ci
peut être craqué. […]

S’attaquer aux figures d’autorité. Les déconstruire. Un programme qui réunit de nombreux artistes. Attaquer la peinture héroïque des avant-gardes du XXe siècle. Pervertir avec humour la rigueur des recherches constructivistes par un travail

de sape des fondements mêmes de l’abstraction. S’en prendre à l’héroïsme viril de l’expressionnisme abstrait. S’attaquer à la dimension érectile
de la sculpture. Mettre à mal des figures d’autorité à base de reprises, citations, détournements, queerisations. S’attaquer à la mythologie moderniste. Mettre en défaut toute notion d’authenticité. Adopter une posture de non- inventivité affirmée. Refaire. Reprendre.
Répéter. Boucler.

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Les hommes subissent tout autant le joug
du patriarcat, alors même qu’ils en représentent
les agents principaux. Il s’agit alors bel et bien, pour les artistes mâles conscients, de lutter
de l’intérieur et de démonter l’ordre des choses dans une logique du pas de côté, de décalage de point de vue. S’inscrire dans une histoire de l’art, c’est-à-dire dans une relation non amnésique
au réel et, dans un même mouvement, adopter
des points de vue subalternes, mineurs, pour (en) découdre (avec) l’ordre dominant. Car c’est bien
de cela qu’il s’agit. D’une lutte de l’intérieur.

Frank Lamy, extrait de « Boys keep swinging », catalogue
de l’exposition Chercher le garçon, MAC VAL, 2015, pp 11-13.

1 Voir le texte « Boys keep swinging II », téléchargeable sur le site du MAC VAL.

http://www.macval.fr/francais/expositions-temporaires/chercher-le-garcon/

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